Christophe TASSANO, nommé Président de l’université Populaire Rurale du Pays Nivernais Morvan

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“Notre rôle de « passeurs » de savoir est vital”

Entretien avec Christophe TASSANO, Président de la Coopérative des savoirs

 

 

 

Pourquoi avoir accepté de prendre la présidence de la Coopérative des savoirs ?

La Coopérative des savoirs a pour but de promouvoir l’accès aux savoirs pour tous et c’est ce qui m’a tout de suite séduit dans ce projet un peu « utopique » mais qui est en train de devenir réalité grâce à l’énergie de tous les acteurs qui ont imaginé le projet comme Christian Paul et le Pays Nivernais Morvan qu’il préside mais aussi les centres socio-culturels, de formations, le Parc du Morvan, Alecta, la Mission Numérique, Bibracte, artisans, artistes… Universitaire de formation, la notion d’égalité des chances - souvent galvaudée - et surtout la possibilité d’offrir à toute personne le droit de se former tout au long de la vie, ont toujours été importantes pour moi, dans ma vie professionnelle comme dans mon engagement associatif. Lorsque j’étais étudiant en doctorat, je donnais, à titre bénévole,

des cours de licence en droit en milieu carcéral à des détenus qui souhaitaient reprendre leurs études et préparer leur réinsertion sociale. Plus tard, lorsque j’ai dirigé l’Ecole Supérieure de Commerce de Nice (l’IPAG), j’ai participé à la création d’une bourse et d’un concours d’entrée qui offre la possibilité pour les jeunes des quartiers défavorisés d’intégrer les bancs d’une grande école. Mon souci était de mieux valoriser les parcours méritants dans une perspective de mixité sociale et de diversification accrue. Aujourd’hui encore, en tant que directeur du Centre socio-culturel, je continue à faire de l’accès à la culture pour tous une priorité afin de permettre à chacun de s’épanouir. La préoccupation centrale des Centres Sociaux est, en effet, d’apporter à chaque habitant du territoire la possibilité de s’exprimer et de créer, par la voie qui lui est la plus appropriée. Pour cela, nous proposons déjà un éventail très large d’activités et d’actions culturelles comme des ateliers de sensibilisation et d’initiation à l’expression et à la création artistique (théâtre, lecture, expression par l’écriture, langues, arts picturaux, arts du cirque, arts de la rue, photographie) mais aussi un service de portage de livres et bientôt de tablettes numériques pour les personnes âgées isolées…

 

Pourquoi faire de l’accès à la culture une priorité ?

Parce que si la culture était un luxe inutile, les penseurs, les écrivains, les artistes ne figureraient pas parmi les personnes mises sous haute surveillance dans les régimes totalitaires. Il n’est pas de société humaine sans vie culturelle, même parmi les plus proches de ce que Rousseau décrivait comme « l’état primitif » ; ceci montre que la culture est un besoin essentiel de l’humanité. Qu’elle sollicite les émotions ou les capacités de réflexion, la culture est tout ce qui peut élargir le champ des connaissances, tout ce qui éclaire les esprits. Elle est garante de la liberté de pensée, de la dignité humaine et de la démocratie.

Elle nous permet de nous exprimer et de nous découvrir, c’est ce qui nous permet d’avoir davantage confiance en nous, d’arriver à une meilleure reconnaissance par nous-mêmes et par les autres. Enfin, la culture, c’est ce qui nous apporte des moments de plaisir par les contacts qu’elle entraîne, le partage, mais aussi des moments de bonheur par les émotions esthétiques qu’elle procure, par la satisfaction de créer…

Que nous soyons « centre socio-culturel », « université populaire », « réseau d’échanges réciproques des savoirs », la connaissance, au sens le plus large du terme, est présente dans une très grande partie des actions que nous menons, parce qu’elle est le terreau des valeurs de partage, d’accessibilité de tous aux savoirs et d’éducation populaire que nous défendons.

 

A quoi sert de créer une Université populaire en milieu rural dans la Nièvre ?

On répète à l’envi qu’un des vrais problèmes de la ruralité, c’est l’agriculture avec la baisse du nombre de paysans et leur paupérisation, mais il y a aussi un autre problème tout aussi prégnant, c’est la (diffusion) de la Culture tout court. En tant que directeur de centre socio-culturel et maintenant de président de la Coopérative des savoirs, je rencontre tous les jours des habitants, des associations, des élus qui ont plein d’idées et de talents à partager et qui sont prêts à s’investir pour cela sur le plan culturel sur le territoire. La Coopérative est une manière de mettre en lumière ces différentes personnes et réseaux. Elle a vocation à rassembler toutes les initiatives qui permettent l’échange, le partage et le développement des savoirs.

Dans une société fragmentée comme la nôtre, où on ne mesure plus le moral des familles qu’au volume de marchandises qu’elles consomment, le rôle des créateurs, des médiateurs de savoir et de culture, notre rôle est plus vital que jamais à fortiori en milieu rural.

 

Comment allez-vous vous y prendre pour donner tout son sens à la notion d’éducation populaire” que vous défendez ?

Dans chacune des actions proposées par la Coopérative, Une attention et un intérêt fort sont portés en direction des publics “spécifiques”, ceux qui, à priori, ne viendraient pas contribuer spontanément à l’université : les enfants, les personnes en situation d’illettrisme, les populations étrangères, les personnes isolées géographiquement, …

 

Comment allez-vous procéder pour permettre l’échange et le partage des savoirs que vous prônez ?

La « maison » Coopérative des savoirs propose trois axes qui se construisent :

Le premier est celui des “Rencontres de la Coop”, des moments d’échanges menés par une ou plusieurs personnes auprès d’un public. Ces rencontres prennent des formes variées : café-débat, conférences, randonnées-philo…

L’université met également en place un “Réseau d’échanges réciproques de savoirs”. Ici, pas de professeurs, mais des habitants qui partagent leurs savoirs et savoir-faire avec d’autres habitants un peu à la manière d’un réseau social ouvert, sur le format du « pear to pear » en face à face réel. Apprends-moi à faire de la mécanique, je t’apprendrais le néerlandais… Il y a déjà 60 personnes qui échangent leurs savoirs.

Et puis, dans plusieurs mois - voir plusieurs années - l’université donnera le jour à des “Cycles de formation qualifiantes”. Un autre moyen d’apprendre. Des stages pourraient être proposés pour acquérir le Certificat de langue des Universités populaires en anglais, allemand, chinois ou néerlandais ; pour se former à la gestion des conflits, etc.

 

Pouvez-vous nous parler de la Fête des savoirs dont c’était la 1ère édition cette année ?

Cette manifestation dont c’était une première dans la Pays Nivernais-Morvan et, plus largement, en France reprend la forme de la Fête de la musique dont nous nous sommes inspirés pour son côté populaire, convivial et participatif. L’objectif pour les prochaines éditions est d’essaimer le concept dans les territoires voisins et au-delà. La Fête des savoirs offre à chacun la possibilité de transmettre, de partager son ou ses savoirs, et au public d’apprendre de nouvelles disciplines. Les associations, les particuliers, les professionnels, les scolaires, les groupes formels ou informels peuvent ouvrir leurs portes, sont invités à proposer une animation, une conférence, une observation dans la nature, un atelier de cuisine, d’astronomie ou de jardinage… Tous les savoirs sont concernés, ceux du quotidien, les académiques, les savoirs pratiques ou manuels. La Fête des savoirs permet d’en faire la démonstration, simplement, chez l’habitant, dans une salle communale, à l’extérieur, dans un lieu insolite et décalé (une grange, un atelier d’artiste…).

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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